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En épitaphe sur ta tombe marine:
L'Amérique m'a tué...

Oui, pour une essence abondante, pour pouvoir épater les meufs au volant d'une berline Opel Ascona, pour traverser la métropole en moins d'une journée, afin d' assister au concert de Def Leppard au Parc des princes, avec ton beau-frère, pour protéger les libertés fondamentales contre l'obscurantisme, pour continuer, le plus normalement du monde, à dépenser vingt fois plus de matières premières qu'un birman ou un ougandais, les soldats d'élite de la plus grande démocratie du monde t'ont abattu dans ta villa luxueuse, au milieu des tapis et des manuels de théologie.

Je ne pleure pas sur ton cadavre, Ben. Déjà rongé par le sel. Il paraît qu'ils t'avaient salement abîmé, avant de t'envoyer dans les cimes.
N'as tu pas été leur agent, quand les soviets piétinaient en Afghanistan?
Ici, on vient d'expulser des demandeurs d'asile d'un squat d'où ils ne menaçaient en rien l'ordre dit public. Je les ai vus, les CRS, au retour de leur sale mission. Il y avait au moins quinze mini-cars, tractant des remorques qui ressemblaient à des affûts de canon.

Ben, tu n'étais pas le révolutionnaire dont on punaise aisément la photographie au dessus de son lit. Mais tu étais néanmoins ce coin qui empêche la fermeture complète de la porte, pour dissimuler aux yeux du monde, ce que ses dirigeants trament pour se maintenir en vie.

C'est la seule vertu que je t'accorde.