Train du Roll? Train du rock?
Par Alain le dimanche, 3 avril 2011, - Lien permanent
Le printemps, la résurrection, l'embellie après l'ondée, les chairs dilatées, le coeur épris, la gorge serrée au moment de dire "je t'aime".
J'aime cette ville, même si elle fut le théâtre de tant de déceptions.
- Amoureuses?
- Crémeuses, plutôt...
- Végétaline du coeur et Bombel sexuel...
- Oh, vous délirez!
- Oui. Je bois depuis quarante huit heures... Ça s'entend?
Puissance des structures. Élégance de la ligne,
L'architecte est névrosé mais sobre dans la composition!
Oui. Je suis pas né ici. Je suis né pas très loin... En Bretagne.
Ma mère a beaucoup souffert pour m'expulser au monde.
Je m'en veux encore. Mon psy me dit de ne pas m'en faire. Ça durera jusqu'au minuit de la vie.
Je suis breton depuis plusieurs générations. Mes ancêtres? Des paysans... Tous... Perdus dans une guerre économique, contre une terre ingrate, et un voisinage peu aimable,
La guerre contre le mauvais temps... Contre des animaux indociles... Contre les maladies du bocage... Contre l'ignorance...
Ils m'ont légué leurs souffrances avec une grande humilité.
- Viens souffrir parmi nous, mon enfant.
- Mais je n'ai aucune envie de souffrir avec vous!
- Discute pas. Tu n'as rien à faire ici, sinon souffrir
- Vous êtes sérieux?
- On a l'air de plaisanter? Attention... Souffrir, d'accord... Mais pas n'importe comment, hein?! La souffrance, comme toute chose, ça s'apprend!
On est venus dans cette ville, en 1969. Mon père avait eu de l'avancement. Après la secousse de mai 68, la direction soignait ses agents. Mon père était appliqué et servait le rail avec passion. Au point de ne parler que de cela, lorsqu'il était avec nous. Ses collègues... Les trains qui en cachent d'autres... Les sensations qu'on a, à l'intérieur de la Micheline, lorsqu'on passe sous un tunnel...
Non... J'exagère. Sa vision du train n'était pas érotique. Il était de la campagne et la chair n'était pas objet de discussion.
Le train, je suis monté dedans timidement. Mon audace restait à l'intérieur. Dans ma tête, j'étais capable de toutes les folies, mais pour ce qui était du monde réel, pipeau-manchot, camarade!.
Tétanisé que j'étais devant les autres. Les filles-louves. Les mécaniciens en col girafe. Les paysans aux mains de caïman. Les instituteurs qui sortaient de la classe comme d'une cour d'assise.
Bon, j'avance pas dans le récit... C'est pas de moi que je dois parler, mais du roll and rock.
Le train de Buddy Holly. Le train kept a rollin. Le train à cinq mesures. Avec deux dièses à l'avant,
Whhoooooaaaah!
Walkin' the dog et compagnie,
Le long de la voie, deux ermites se demandent comment ils vont pouvoir retenir l'attention du créateur.
La hiérarchie des notes. Le train du roll. Do, la si mi. Le train du rock. Sol, la, si... Ougghh! Hoochie coochie man...
Quelquefois, le train, trop ému, déraille. C'est, souvent, le moment le plus intéressant.
Bon. Je n'oublie pas que j'ai une nouvelle majeure a annoncer:
Vendredi prochain, 8 avril, à Rennes, des cheminots du douze mesures, fraîchement rentrés d'un exil de vingt-cinq années, se produiront dans une salle qui doit beaucoup à Alfred Jarry.
Je compte bien vous y voir, cher ami.

