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Le printemps, de ce côté de l'hémisphère.

Coulée verte, sève qui reprend confiance. Âmes en fleur et sexe limpide.
Oui. mais aussi... De l'homme, encore de l'homme. Terriblement contingent. Tristement historique. Absent des bureaux de vote, hier, car trop fatigué, la veille de ces heures passées au supermarché.

Trop jeune pour voter, trop vieux pour mourir.

Curieusement, les politiques sont satisfaits. Les opportunistes de tous bords comptent leurs suffrages, comme on compte ses sous avant d'entrer au bistro.

Un cantonnier fasciste, ça n'est plus illusoire? Nos élus seraient prêts à marcher derrière le drapeau, en martelant des sentences aux oreilles de leurs administrés? En éloignant, sans ménagement, les demandeurs d'aides? En marquant les chômeurs au bras? Un simple code barre : impropre à la consommation.

La France est abîmée, constate la secrétaire nationale du parti socialiste. Je suis cette fois d'accord avec elle. Néanmoins, prévoit t-elle de sortir sa trousse de secours? Si elle ne prend garde, les sans-voix pourraient prendre la file de droite, marcher derrière un nouveau führer , voire une nouvelle führerin. Une DRH qui ferait mine de parler la même langue qu'eux, et leur demanderait de mettre, eux-mêmes, le feu aux derniers acquis sociaux.

Modernité du traitement. Archaïsme du résultat. On solde chez les rouges, on maximise chez les verts. On rappelle l'âge d'or dans les rangs du Parti, quand la mine et le rail faisaient peur aux bourgeois. Aujourd'hui, on s'endette le coeur par procuration.

Hier, j'étais encore bien seul dans le bureau de vote n° 244 du centre scolaire de ce quartier dit du Blosne, où, voici quelques décades, j'ai fais une partie de ma scolarité. Il était presque midi et les travailleurs avaient préférer rester chez eux, autour d'un verre de Muscadet sur lie.

Cette fois, la voix que j'entendais, n'émanait pas, comme au dimanche du premier tour, d'une citoyenne indignée d'avoir reçue dans sa boîte aux lettres, pas moins de trois professions de foi du candidat frontiste! Elle était celle d'un citoyen, fatigué par une station prolongée au café tout proche, celui qui défend l'entrée du centre commercial. Il reprochait au type présent à l'entrée, de tarder à lui remettre l'enveloppe. Je sortais de l'isoloir et voyait devant moi, un type d'une cinquantaine d'années, les cheveux sales, tombant aux épaules, un peu le genre de Mickey Rourke, dans Barfly...
- Oh... y'a plus que deux noms, cette fois? Ah, c'est plus simple, comme çà, pas?
La démocratie marquait un point.

En sortant du bureau, je regardais l'homme s'éloigner en titubant sous ce préau, où, voilà quelques milliers d'années, l'instituteur nous faisait aligner, avant de nous donner une leçon d'instruction civique.

La France est abîmée...
Oui, madame la secrétaire et j'entends ne pas la laisser sans soins!!!