La ligne maginaire

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samedi, 26 mars 2011

Punk blessures

Brad_Moloch.jpg

ce type que vous voyez à l'image, c'est Brad Moloch!

Il est passé par tous les fils du barbelé! Il a chanté les plus douces complaintes et les hymnes les plus brutaux.
C'est un artiste... Ses lèvres sont sa seule valeur ajoutée.

J'ai froid à l'épiderme mais mon coeur résiste aux fracasses
Les murs se sismiquent, comme souvent au bord des côtes
Le désert est encore loin mais j'ai déjà soif
L'étouriste prend l'apermitif à heure fixe

J'ai envie de plaines et suis las des sommets
Ma base se marre... Je vais devoir lui parler.

- tu vas au basket?
- oui...
- t'as changé de coiffure?
- non...
- tu vas voir Lloyd Cole, demain soir, au Liberté?
- non, j'ai les enfants qui viennent dîner...
- okay... A mousse...
- pardon? A mousse?!
- ben oui... Tu connaissais pas l'expression?

On recroisade dans le désert. Mais on ne voit aucun philosophe, dans la rue, pour dire :
- L'Occident est déjà fini!".

Je construis ma barricade en écoutant les Troggs éructer:
"!!!Quand je suis avec toi /je ne peux plus me contrôler!*''

Le monde manque de rayures mais je n'ai aucune envie de changer les rideaux.
Mes pompes printanières foulent l'herbe des champs. J'ai rendez vous sur un vieux parking, avec Daniel Hechter qui brade sa dernière collection.

Lise Taylor vient de mourir. Ses cendres seront la preuve ultime que son physique avait du talent.

  • The Troggs I can't control myself (1966)

vendredi, 25 mars 2011

Le bonheur est-il soluble dans l'alcool?

ME0000009143_1.JPG ''Une trop longue souffrance rend stupide.
Mais celui que la souffrance a rendu stupide peut encore connaître la joie.''

Mishima

Nos Rafales colonisent le ciel libyen et nos speakers gardent la tête dans le sable. Parce qu'au bout de leur malhonnêteté intellectuelle, il y a le mirage démocratique, vous comprenez?

Sinon, je ne laisserai pas le réacteur numéro 4 fuir sans réagir!
Il en va de ma fierté de récent contaminé.
Récent? Je mens, bien sûr, pour dire vrai.
L'empoisonnement a commencé depuis bien longtemps. Bactériologique, idéologique,
Tous les corps de métier y ont eu leur part.
L'école de la vertu. La compagnie des dingues. Le bon sens du paysan...
Les colères de ma mère, quand je revenais crotté du champ de patates.
- Si je suis sale à ce point, c'est que j'ai beaucoup travaillé!

Le nuage venu d'extrême orient n'a pas mis fin à notre existence.
Preuve que rares sont celles ou ceux qui s'en sont inquiétés, cette anecdote, qui justifie, en quelques sortes, le titre de ce billet.

Dimanche dernier, à une heure précoce de la matinée, je me rendais dans le centre-ville. A l'entrée de la rue de Saint-Malo, deux types se partageaient le trottoir. L'un d'eux tenait sous son bras une bouteille qui ressemblait à du Champagne. Il la levait avec bravoure, pour s'en verser une franche rasade. Puis, ressortant le goulot de sa bouche, il glissait à son collègue, visiblement frappé de stupeur:
- eh?! eh?! Collègue?! Tu m'entends ?! Tu sais... Je préfère presque çà à... à...
- à quoi? maugréait le collègue, agacé d'être ainsi interpellé.
- à... à la bière...

mardi, 22 mars 2011

En attendant le nuage...

Landry_d_hiver.jpg

Dire que ce pays, aujourd'hui dévasté, fut chanté comme un modèle d'organisation par les zélateurs du totalitarisme libéral, dans les années 70 puis 80...

Las... En raison d'un désastre tellurique, la production d'I-Pod et d'I-Pad subit de sérieux revers. Résultat, je dois relever mes messages en gravant le nom de mes interlocuteurs dans la cire de mes oreilles...

Selon les organismes officiels chargés d'analyser les phénomènes radioactifs, le nuage qui, dans les heures à venir devrait survoler la terre de France, ne recèlerait pas de dangers. Du moins, si on le compare à son cousin soviétique d'il y a vingt ans, lequel affichait des valeurs de 1 à 10 béquerels/m3!

Devrais-je être rassuré? De chez moi, je n'entends pas les booooum et les baaaaannnng des bombes, sur les villes de Libye. Notre technologie violente a, cette fois encore, pris les airs, pour défendre la démocratie et bouter le tyran - ex-client, hors de sa tente.
- Tu nous emmerdes depuis trente ans, Mouammar! Là, c'en est assez. Tu sais, tu ne vaux plus très cher, en tep (tonne d'équivalent pétrole).''

Personnellement, j'ai cinquante ans et je ne veux pas encore mourir!

J'ai une mitrailleuse Hotchkiss Mle 1914, datant de la dernière guerre, à l'arrière de mon 4x 4. Je n'hésiterai pas à m'en servir si je me retrouve, un matin, devant une station essence, avec une queue excessivement longue! Je suis moi-même un insurgé mais le danger que je représente pour les institutions dites républicaines est voisin de zéro.

Sinon, j'ai voté aux cantonales.
je devais être le plus jeune, dans le bureau de vote. J'accomplissais mon devoir dans l'isoloir, quand j'ai entendu la voix toute de colère d'une dame, qui demandait que l'on fasse écrire dans le registre électoral, le fait qu'elle avait reçu dans sa boîte aux lettres, en lieu et place des professions de foi de chacune des listes, trois listes de l'Affront National!

Le responsable du bureau de vote semblait peiné et assurait devant la dame, que sa plainte figurerait dans le rapport adressé après chaque élection aux différents services.

Hier soir, quand, j'ai lu dans le quotidien régional - en vente partout même nulle part - que l'Affront national avait réalisé un score de 16% dans le canton de Rennes sud - celui où j'exerce ma citoyenneté - je me suis dis que l'histoire, ces temps-ci, avait décidément une odeur de latrines.

Demain, je m'entourerai la tête d'un foulard aux couleurs de l'empire du Soleil Levant, et j'enverrai des mails en cascade, à la direction régionale de Météo France, pour lui demander de... détourner le vent vers le nord du pays, là où le ventre de la bête semble le plus fécond.

samedi, 19 mars 2011

Ne laissons pas la terre trembler toute seule!

naga-statu.jpg

Voilà. C'est la fin d'un monde.

Le café ne passe plus. J'ai renoncé à mettre du beurre sur mes crêpes. Quel que soit l'endroit où je le promène, le compteur gégène crachote à tel point que c'en est insupportable.

Un nombre important de mes amis du conseil scientifique ont démissionné. D'autres se sont exilés à Santa Barbara.

Ma commande de mox n'arrivera pas avant trois jours. Le responsable marketing avait mal fermé le container. Trois employés de la poste sont morts durant l'acheminement.

Vivre tue, on le sait bien... C'est pas une raison pour arrêter de fumer.
Dans l'établissement où je travaille, un rebelle sème la perplexité dans les rangs de la hiérarchie, en fumant sa cigarette dans les toilettes du personnel.
C'est bien-sûr strictement interdit. Le roué change de toilette, chaque fois qu'il fume un tabac différent,
C'est la conclusion à laquelle est parvenue la responsable de la prévention incendie!

Des voix me disent:
- Tu veux nous ramener à l'âge de pierre? Nous faire bouffer du rêne, fumer de la bruyère, boire l'eau des lacs, baiser sans capote?'

Le docteur m'a prescrit une semaine de repos dans un chalet à Oyonnax. Il m'a abonné également à la revue "Le quotidien du médecin". Je devrai en apprendre l'éditorial par coeur, Il vérifiera que j'y parviens, en me téléphonant, chaque soir.

En attendant, laissez-moi le réaffirmer bien distinctement :
Je suis résolument un enfant de l'industrie!. J'adore les roulements à bille, les échanges gazeux, les turbines surpuissantes.

Qu'on se le dise :
Je n'ai aucune nostalgie de l'herbe !

Je vais bientôt cessé d'écrire. Il règne autour de mes phrases, une odeur de bitume imprégné d'eau de mer.

Tout à l'heure, je comptais me rendre à la gare, assurer de mon mépris, ces femmes et ces hommes de science qui rentrent du Japon, effrayés à l'idée de ne plus maîtriser un certain nombre de paramètres!
Mais j'ai réfléchi.
Je ne sortirai pas de chez moi, aujourd'hui. J'ai calfeutré le tour de mes fenêtres et mis un drapeau noir à tête de mort sur le balcon!

Vous imaginez, un anar sortant d'un sas de décontamination?

.

lundi, 14 mars 2011

Atom cass!

img-homme-chut.jpg

Le poète est partout chez lui.

Sous la pluie, en Bretagne, au milieu des C... qui mettent des parapluies pour oublier qu'ils sont mortels.
En petite foulée, il serpente entre les guillemets, ouvre la parenthèse, chahute la virgule et mets une droite au point.

Je suis fâché de cette secousse tellurique, de magnitude 9, sur l'échelle de ma tête. Les éléments se moquent, décidément, de notre virtuosité technologique.
N'est-il pas présomptueux d'associer le zen et les mégawatts?

50 centrales nucléaires, pour mieux voir clair
50 poètes volontaires, additionnant leurs colères

Le capital, c'est beaucoup de matières, associées à une très grande vitesse, qui, depuis trois jours, meurent, irradiées, au fond de l'atoll...

Jean Ferrat, envers lequel j'avais peu d'atomes, mais qui a joué, incontestablement, un rôle important dans la fabrication de notre mythologie, nous a quitté voici un an, entendais-je, ce matin, rappeler sur les ondes.
Comme le temps lasse...

Aimer à en perdre sa maison...

Pardon, Louis, cette fin d'hiver a, pour moi, la couleur d'un premier verre...

mercredi, 9 mars 2011

où ais-je mis l'artillerie?

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Le franc national arriverait en tête de l'ignominie, selon les sondeurs, agglutinés devant les bouches hideuses de celles et ceux qui préfèrent la bête à la belle?

Pour combattre ce péril presque palpable, je vais doubler la production poétique, couvrir les murs d'hilarité, mettre des papillons de nuit en veille devant chaque fenêtre.

Que nul être, épris de liberté, n'éteigne son cerveau, ne serais-ce qu'une minute, avant de s'être assuré que la nuit vienne sans arme.

Dans les rues de Dien-Bien-Phu, mon sourire va aux marchands de nems, qui font frire dans l'huile, les goûts les plus délicats

Je sourie aux bébés qui rampent sur le sol du dispensaire, amenés là par leur mère, fières de montrer leurs seins au docteur.
Pendant que les petits d'hommes instruisent la moquette de leur pieds nerveux, je lis un article savant sur cette civilisation de basse Egypte qui sculptait ses dieux à même la roche, à quelques milliers d'années de moi-même.

- allez-vous me dire pourquoi vous tenez tant à savoir comment se porte votre père?,
plaisante le médecin, avec sa veste de cuir noir et sa cravate de dandy.

Il croit que Dieu est le seul à mériter la parole et que la guérison se mérite.
Il est dingue... mais séduisant.

Au dehors, les arbres s'énervent et les jeunes filles qui rentrent chez elles, en marchant savamment, le long du trottoir, ne savent plus quel morceau sélectionner sur leur tablette de chocolat à petites touches. Ces machines désirantes coûtent des milliers d'heure de casse-tête de programmation, afin que l'on puisse, d'un simple effleurement du doigt, passer de Marino Marini aux... soeurs Goadec.

Je sors de ma visite chez l'homme de science, avec l'envie de rire. Le docteur me trouve de bon poil. Il m'a promis d'annuler sa visite à l'église de Saint-Nicolas du Chardonnet. Peut-être, l'ais-je impressionné, en lui évoquant ces combats d'une violence extrême, en 1938, au plus fort de la guerre d'Espagne, sur le front de l'Ebre, quand les républicains franchissaient un fleuve réputé indomptable, dans l'espoir de freiner l'avance des nationalistes à mâchoire carrée.

Au cours de notre entretien, il secouait frénétiquement la tête...
- Dieu déteste la violence!
- alors, pourquoi continue t-il à perfuser le bras des assassins?
- il est de mon devoir de soigner les anges comme les malfrats!.
- que ferez-vous, au printemps?
- je changerai le traitement de votre père. Il deviendra aimable comme un pied de vigne!.

Toute médecine ne saurait ignorer la fantaisie, l'outrance. Le fascisme qui campe à nos portes, est, depuis longtemps, contenue dans le sous-sol des pharmacies.

dimanche, 6 mars 2011

C'est l'heure du cheval

pays-sarthois.jpg

En ce jour où le vivant se dispute à nouveau avec la mort, je soumets ce texte, qui a le moelleux d'une vache qui rit, et la rigueur d'un moteur de 4x4.

Une mésange s'est posée devant moi, derrière la vitre, réclamant son quota de miettes.
- Eh!..., tu vois pas qu' c'est dimanche?!
J'ai le coeur estropié du cauchemar de la nuit. Je devais déjeuner avec le père de famille, un cousin était annoncé, quand il entrait dans la pièce, je réalisais que ce n'était pas lui que j'attendais....

Messieurs, dames, nos soldes prendront fin dans moins de quarante-huit heures! Veuillez vous diriger vers les caisses...
- Tu aimes la couleur des rideaux, chéri?

Pour elle, j'ai entièrement refais la salle de bain.

Je chante, soir et matin, pour les marins de Beg e Yeun, les seuls à attendre un naufrage qui ne viendra pas.

Je crispe les mâchoires devant le vigile, à l'entrée du bus, Il me montre qu'il a compris l'avertissement en me glissant un "bonsoir" de gendarme.
Après la toilette vient la saleté. La descente au port, L'arraisonnement du sardinier. Un couvercle scellé sur la boîte, et repars avec çà!

Le bonheur court après moi. Que fais mon analyste? Il change mes désirs pour ses réalités!
Je m'essouffle depuis que j'ai repris le sport. En même temps, j'étais obligé, tellement mes nerfs prenaient le dessus, ces derniers temps... J'engueulais à tout bout de champ les passants, en raison de leur comportement incivique... Ils étaient tellement interloqués, qu'ils laissaient passer vint à trente bonnes secondes avant de se retourner et beugler un dérisoire:
- "va te faire luire, eh, connard!"

Pour passer le temps, je fais le marché sur un pied. Je taille la bavette avec des militants du parti ouvrier indépendant, une officine trotskyste importée d'un outre-monde. Hier, l'un d'eux, lassé de m'entendre dire du mal des prolétaires, m'a conseillé de reprendre du valium, car, selon lui, l'amertume n'est pas un moteur de l'Histoire. Je l'interrogeais:

- pourquoi tu restes ouvrier?
- parce que le parti me le demande. Et toi, t'as honte de d'où tu viens?
- non...
- alors?... Tu signes la pétition pour un logement décent?
- oui, camarade.
- dis-moi... Paraît que t'as deux salles de bain chez toi?
- qui t'as dit çà...?
- je cite jamais mes sources...
- oui, c'est vrai.
- oui? Pendant ce temps là, des camarades se retiennent pendant des heures, avant de rentrer dans le premier bistro sans alcool, qui leur refuse souvent l'entrée, parce qu'ils ont mauvaise mine!
- arrête, tu me rappelles la fac...!
- putain, t'as vraiment rien appris de l'exploitation de l'homme par l'homme!
- c'est un poncif homosexuel...

Depuis, cet échange, j'évite les marchés populaires. Je me recentre sur les jardins publics, à l'entrée desquels je m'arrête, pour interpréter quelques chansons pour enfants. Telles, celle-ci:

si tu vas à Bodenna
n'oublie pas de ramener du calva
si tu vas à Pont-Kerryau
prends soin de tes sabots.

samedi, 5 mars 2011

Profession: poète!

damas.jpg

C'est l'hiver qui prend congé, et cède son tour au printemps qui n'est pas en retard de loyer.

Le printemps, c'est la saison qui fait mentir les pessimistes-nés, le moment qui ferait sourire le plus désespéré d'entre-nous, parce que la lumière est trop belle et les chairs trop éclatantes pour que l'on se laisse aller à finir sa cigarette à la porte du supermarché, en entendant grincer les charriots des ménagères, et la plainte d'un chien humilié par son maître qui n'a sans doute encore rien bu... Mais le printemps, c'est aussi le moment où le verbe sort de l'inconfort d'un lit trop étroit, le lit du sujet-verbe-étonnement, fait d'un vocabulaire tristement réduit au nécessaire, ouvres la porte, entre dans ta voiture, allume la TV, et abonne toi à Paris turf.

L'hiver de la langue est aussi pénible à nos sens que l'hiver des nuits sans logis, et des moins douze degrés sur l'échelle de l'ivresse. Le printemps est saison de renouveau des peaux et aussi du verbe. Du verbe pour dire autrement que l'on n'est pas seulement là pour manger, travailler, chi...mais également aimer, séduire, rôtir, maigrir, filer la métaphore avec des personnes du sexe argenté...

A ce propos, je tiens à reproduire dans cet espace hyper confidentiel qu'est ce blog, un texte d'un certain Léon-Gontran Damas, dans un recueil paru en 1937 " Pigments" (éditions GLM). Cet homme, né en 1912, fit des études supérieures à Paris, où il rencontra Aimé Césaire et Léopold-Sedhar-Senghor, avec lesquels il fonda une revue l'Etudiant noir, laquelle fut à la source du mouvement dit de la négritude. Chez le même éditeur GLM, il publiera "Poèmes nègres sur des airs africains" (1948), puis, chez Seghers, en 1952, "Graffiti", "Black-Label" (Gallimard) en 1956) et "Névralgies" (présence Africaine) en 1966.

Ce poème a pour titre Solde. Il est dédié à Aimé Césaire.

J'ai l'impression d'être ridicule
dans leurs souliers
dans leur smoking
dans leur plastron
dans leur faux col
dans leur monocle
dans leur melon

J'ai l'impression d'être ridicule
avec mes orteils qui ne sont pas faits
pour transpirer du matin jusqu'au
soir qui déshabille
avec l'emmaillottage qui m'affaiblit les
membres
et enlève à mon corps sa beauté de
cache-sexe

J'ai l'impression d'être ridicule
dans leurs salons
dans leurs manières
dans leurs courbettes
dans leur multiple besoin de singeries

J'ai l'impression d'être ridicule
avec tout ce qu'ils racontent
jusqu'à ce qu'ils vous servent l'après-
midi
un peu d'eau chaude
et des gâteaux enrhumés

J'ai l'impression d'être ridicule
avec les théories qu'ils assaisonnent
au goût de leurs besoins
de leurs passions
de leurs instincts ouverts la nuit
en forme de paillasson

J'ai l'impression d'être ridicule
parmi eux complice
parmi eux souteneur
parmi eux égorgeur
les mains effroyablement rouges
du sang de leur ci-vi-li-sa-tion

Aux heures de la révolte à Tunis, Bizerte, Tobrouk et Benghazi, il est temps de retrouver ces voix qui ont préparé de salutaires incendies dans l'Afrique des années cinquante, soixante. Plus humblement, ce texte que je reproduis sans autorisation de son auteur, mort en 1978, est le prélude à un tir groupé de poèmes qui, je l'espère, tueront quelques fascistes, comme aimait à dire Woody Guthrie.

  • éditions GLM, du nom de Guy Lévis Mano, éditeur-typographe (1904 - 1980)

samedi, 26 février 2011

Un taxi pour Kadhafi!

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ll est rare que je me prenne d'affection pour les despotes, mais, cette fois, s'agissant de Mouammar Kadhafi, je me laisserai aller à faire une exception.

Est-ce un accès de démence? Une sénilité véloce? Un accès d'amertume de vieux marxiste, déçu que la révolution vienne du désert, et non de la plaine? Peut-être...

Quand-même, ce Kadhafi a, en son temps, incendié nos imaginaires de jeunes révolutionnaires, niet? Beau comme un archange des sables, élégant jusque dans ses palabres avec les oligarques du monde entier, imposteur ou homme d'Etat, peut m'importe! Il a semé d'un bout à l'autre de la chaîne de l'Histoire présente, des interrogations, des exaltations, des désillusions et tout ce qui finit par gnion...

Nationaliste panarabe, inspiré par Nasser et la révolution égyptienne, il suscite la fureur des puissances colonisatrices lorsqu'il fait du pétrole un outil d'émancipation économique, Il redonne à l'Afrique un verbe et un lyrisme qu'elle n'a cessé de défendre, sous des couleurs différentes, mais inspirée par le même sursaut émancipateur, avec des personnalités comme Mandela et Mengistu...

Il s'est mué en icône, comme tout grand dirigeant révolutionnaire sait le faire. Ici en France, depuis André Marty et Régis Debray, qu'avons-nous à proposer? La révolution est enseignée à l'Université et fait encore b... un certain nombre d'entre-nous. Mais a t-on vu des brigades internationales se constituer, pour aller défendre celui qui nationalisa le pétrole libyen à la fin des années 60, et imposa des règles drastiques aux puissances dites occidentales, à travers une institution comme l'OPEP?
D'accord, le capitaine fringuant qui marche aux côtés de Nasser, en 1965, a vieilli, et, sans doute, a t-il récemment découvert un gisement d'opium frelaté, qui le rend irritable et confus dans ses propos.

Mais tant qu'il a irrité les chancelleries de notre continent et donné des boutons aux oligarchies pétrolières, il m'a semblé mener un combat nécessaire.

Aujourd'hui, que va devenir cet Alice Cooper du désert?

Mitraillera t-il ses derniers fidèles, avant de se retirer sous sa tente, fumer un dernier cône, en compagnie de femmes que les livres de Gisèle Halimi ne concernent qu'assez peu?

Il est trop tard pour regretter cette révolution, qui portera, peut-être, un autre despote à la tête de cet état qui, dans les dernières années, s'était, par réalisme politique, rangé aux dictats des "démocraties" de l'ouest.

A présent, je vais voir ce qu'il reste d'essence dans mon jerricane, et je vais courir, sous le feu des snipers de la DSB (Démocratie des Schistes Bitumineux), mettre le feu à ... ma bibliothèque. En prenant soin, tout de même, d'en extraire tous les livres édités chez Maspero.

lundi, 21 février 2011

Le poids d'une banane (1ère partie)

musee-Bretagne.jpg

Le vendredi soir, il est convenu de prendre une caisse...

Dans nos civilisations urbaines, réglés comme un livre de compte, on boit plus fort le vendredi soir afin de rattraper ces soirées de la semaine, où la perspective de reprendre le travail au matin dissuade de s'attarder à l'excès dans un estaminet.
Prendre une caisse... Une banane... Une demie... Une complète... une sévère. Notre lexique de la soif est riche en locutions hardies, avoir le foie en berne, risquer son verre en le vidant, préparer ses neurones au pire....

Voilà quelques centaines d'heures, un ami m'attendait dans la ville. Nous ne nous étions pas vus depuis quelques mois. Notre dernière rencontre s'était mal terminée, j'avais eu à son égard des propos inélégants, choquants mêmes pour le pratiquant rouge que je prétends être. Je n'en dévoilerai pas ici la teneur. Le lendemain, mon ami avait cherché à comprendre l'accès de méchanceté que j'avais eu la veille, mais j'avais été incapable de reconnaître l'étendue de ma bêtise, Il était reparti en me souhaitant de guérir mes tares, à la faveur de l'hiver.

La ville attend ce vendredi avec un mélange d'enthousiasme et de crainte. Les masses laborieuses quittent l'atelier ou le bureau plus tôt qu'à l'habitude. Les rues se trouvent remplies de tôles et de caoutchouc, serrées en masses compactes, avec, à l'intérieur des boîtes fiscales, le plus souvent, une seule personne. Tellement satisfaite de cette trêve hebdomadaire, qu'elle met son auto radio au supplice et fume une cigarette sans ouvrir la fenêtre. La nervosité culmine à l'instant du feu rouge, Certains conducteurs risqueraient leur vie et celle de leurs contemporains pour gagner quelques secondes sur ce feu maudit. Les gens affluent de la périphérie vers le centre à la recherche d'un débit ou d'un restaurant, d'un cinéma... Un film art et essai? Une comédie avec des rires consensuels? Une tragédie sous vide? Un conte polisson? Le cinéma a perdu de sa superbe, depuis que n'importe quel détenteur de camescope peut prétendre monter sur les rails d'un travelling derrière Jean-Luc.

Le cinéma. Le merveilleux.La vérité, vingt-quatre fois par seconde... Pourquoi aller se mettre dans le noir, à espérer du merveilleux, alors qu'il est palpable, vingt-quatre fois par minute? Dans la fraîcheur du passage d'une dame sur le trottoir, qui revient des courses comme on revient du front. Elle va affronter les cris des ses mômes, au prétexte qu'elle aura oublié les glaces... Dans la chaleur des hydrocarbures largués dans une froide unanimité, par des créatures blêmes, cadenassées dans leur bon droit mécanique...

j'entre dans la rue qui porte le nom d'un écrivain qu'on ne lit plus vraiment, Georges Duhamel. Cette rue qui se réconforte de l'heure des trains. Si loin de Dieu, si près de la gare SNCF. Je l'ai arpenté tant de fois, cette rue, à des âges divers, avec des sentiments divers, qu'elle pourra porter mon nom lorsque j'aurai démissionné de l'état-civil. C'est dans cette rue que j'ai rendez-vous avec le personnage mentionné plus haut. Va t-il me mettre une claque? M'agonir de reproches, de châtiments verbaux?

- Non, je ne t'en veux pas d'être C... Vous êtes si nombreux dans ce cas... Je dois m'en accommoder...

Depuis que j'ai des amis, je me fâche avec eux, à un moment ou à un autre... Sous des prétextes le plus souvent dignes de la petite enfance... Ma femme dit que c'est parce que je suis dépressif. C'est, sans doute, une partie de l'explication,

Je suis en vue du bistro de légende où nous avons convenu de nous retrouver. Le tenancier du zinc est fils de républicain espagnol. J'ai bu dans son estaminet, les plus beaux poèmes anarcho-éthyliques. Son café porte un nom qui sonne comme une victoire sur la mort et son portier, l'ennui. Je m'étonne de ne pas voir l'enseigne allumée. Il y a néanmoins de la lumière, à l'intérieur. Je reconnais la haute silhouette de mon ami, qui, visiblement, écoute, avec attention, l'aubergiste lui conter une histoire. J'entre, décidé à m'emparer de l'Histoire.

mardi, 8 février 2011

En cas d'ivresse, consultez un médecin

le_dernier_tango_a_paris_ultimo_tango_a_parigi_1972_diaporama.jpg L'autre soir, en sortant du travail, cependant que mon vélo prenait confiance sur une route décomplexée (droite, absolument droite), m'est venu ce poème éthylico-anarchique

où sont nos rois de Bretagne?

nos Dieux sans visage, nos ventres atrophiés
nos nez tuméfiés par de forts coups de tabac
où sont nos navires et nos quotidiens régionaux?
où sont nos vélos d'Ingres?
où sont nos littérateurs du soir?
Nos amants au pied des urinoirs?
où sont nos révolutionnaires recalés à l'oral?
Dans le pinard, ils sont tous dans le pinard
Une vie sans tanin, c'est un dispensaire sans médecin

Je suis rentré comme çà... Demi automate... Comptant presque mes pas... Déçu de ne pas me battre suffisamment. De rester trop souvent entre le dossier et la chaise, pour avoir moins mal au c...

J'ai allumé la radio. Un speaker parlait d'une voix énervée. Entre les résultats du foot et les élucubrations de la ministre des affaires étranges sur la Tunisie, le c... a fait cette déclaration:
- Nous apprenons la mort de la comédienne Maria Schneider. C'est elle qui défia la chronique, en 1972 pour son rôle aux côtés de Marlon Brando dans le film de Bertolucci "Le dernier tango à ...

J'ai baissé le store.
L'actrice s'est éteinte à l'âge de 58 ans...
J'ai éteins la radio. Dans l'immeuble en face, un homme d'une trentaine d'années fumait une cigarette dans une demie pénombre.

J'ai eu envie d'ouvrir la fenêtre et lui demander:
- Vous avez vu le dernier tango à Paris?

Un festival du livre, à Rennes

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En ouverture du festival «Rue des Livres », et en avant première, le vendredi 11 mars à 21 h au CINE TNB, Rue St Hélier – RENNES ( sortie nationale en salles le 30 mars ),




NOUS, PRINCESSES DE CLEVES, un film de Régis Sauder

Avec: Mona, Abou, Morgane, Autore, Chakirina, Armelle et Virginie, Catiadou, Laura, Gwenaëlle,Albert,Anaïs, Sarah.

!!La princesse de Clèves, premier roman moderne de la littérature française, est le personnage central du film.

Manel. Aurore, Mona, Abour et les autres lui prêtent leurs voix, leurs visages. Ils sont élèves du lycée Diderot de Marseille, un établissement difficile des quartiers nord de la ville. Leur professeur a décidé de leur faire étudier ce roman. Jeunes Français, pour la plupart d’origine étrangère, ils sont souvent stigmatisés, caricaturés.

Aujourd’hui, certains s’interrogent sur l’opportunité de leur faire découvrir les grands textes de la littérature française. Quelle en serait l’utilité sur le marché du travail qui les attend ? Quel intérêt pour les jeunes que ces vieilles élucubrations du XVII° siècle ?

Ensemble, ils s’emparent du roman, de ses représentations, des questions qu’il pose.
Objet transitionnel, C’est à leurs univers que ce roman du grand siècle nous donne accès.

Un débat suivra avec le réalisateur Régis Sauder et des acteurs.

Rue des Livres fêtera sa __4° édition du 11 au 13 mars , site Guy Ropartz, 14 rue Guy Ropartz et Ciné TNB, rue St Hélier.

__ Parrain de l’édition 2011 :!!!! Yann Quéffélec

La thématique générale est inchangée : « La ville dans la littérature » avec, cette année, un coup de projecteur sur : « La Jeunesse dans la ville », avec la présence de nombreux auteurs jeunesse.

90 auteurs attendus, dédicaces, débats, tables rondes, ateliers, expositions, spectacles, cinéma.

Entré libre

Renseignements : 0299 382 825 / site internet ( bientôt rouvert ) : www.festival-ruedeslivres.fr

dimanche, 6 février 2011

La frousse ou l'appétit?

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Oui, j'ai peur. Mon coeur a peur. Mes nerfs voudraient reprendre l'avion et rejoindre des terres moins labourées.

J'ai peur de mourir sans avoir fini d'écrire mes Mémoires. Sans avoir fini de payer mon tribut à la sainte mère sociale. Celle qui m'a mis à l'école dès l'âge de trois ans, formé au solfège universitaire à 18, et engagé dans les rangs du prolétariat à? ...
Plus tard...

La mort, la seule véritable évasion. La littérature en parle beaucoup. Les journaux télévisés ne prononcent le mot qu'en terme comptable. Mais ça n'en fait pas moins de l'effet. Mort à Paris. mort à Guipavas. Mort à Locmaria-Berrien... Mort sans laisser de traces. Mort comme Robert Boulin, à genoux devant une mare d'eau claire.. Derrière lui, un type des services spéciaux qui le suicide contre son gré.

Ces dernières semaines, je faisais des translations entre mon domicile, le centre de recherche et... la clinique. Chez moi je lisais "La mort, mode d'emploi"!!!*... En fumant des cigarettes roulées qui ressemblaient à des pots d'échappement de R12. Au centre de recherche, j'enregistrais l'état de santé de la science à l'instant T. Je devenais hostile aux appels complaisants entre collègues, d'un autre bout du couloir:
- Tes recherches sont fantastiques, Edouard. Je suis formel. Ton algorithme va faire un tabac!

A la clinique, j'allais entendre mon père se plaindre de la mauvaise qualité de la cuisine et de la lenteur de décryptage de ses analyses de sang.

J'ai le sentiment d'avoir entendu ces histoires depuis presque cinq décennies. Un peu moins si je considère les trois ou quatre premières années de ma vie qui, selon les psychanalystes ne laissent de trace que dans le sous-sol de l'édifice...
Fils de cheminot parlant, premier passager de son train de l'angoisse.

- Je ne sais pas si je serai resté paysan si je n'avais pas guidé les trains...
Il aimait souvent dire cela. De la charrue au wagon-lit...
Les deux contiennent du métal.
Du côté de l'héritage, je lui dois mon intérêt pour le décorum ferroviaire. Les passerelles, les ponts, les signaux... L'acier des rails. Le mugissement des sirènes. Le ronronnement satisfait du diésel. Mais, chez lui, à table, le cheminot qu' était mon père revisitait sans cesse sa jeunesse, comme s'il s'était agi de la seule période valable de sa vie. j'avais envie de lui dire:
- Tu peux pas parler du bel aujourd'hui?
Il aurait probablement répondu:
- Si. Qu'est-ce que j'ai fais aujourd'hui? je suis allé faire mon loto. Je n'ai rien gagné. Sinon, j'ai vu un ancien collègue du dépôt, sous la galerie commerciale. Tu crois qu'il m'aurait dit de venir boire un coup? Tiens! Couillette pastorale, oui!.

Les ouvriers sont fumiers entre eux, ils passent moité de leur carrière à se faire des vacheries. A s'évaluer. A se mettre en rangs. Puis à se disperser, dans les moments d'exception, sous les sabots des chevaux de la garde immobile.
Ce siècle vingtième n'en finit pas de mourir. La science fait du mieux qu'elle peut pour maintenir le citoyen dans sa peau d'origine. Contrôle des globules. Captage sanguin. Piqûres dans le bas-ventre.
- Ça fout la trique?
- Même pas. C'est pour fluidifier le sang, pas le faire s'engouffrer dans le pénis!

Avec qui ferait-il l'amour? L'infirmière? Fantasme éculé jusqu'à l'os. L'amour n'est pas qu'un acte charnel. On peut faire l'amour avec une infinité de corps. De nuit, quand le train passe sous un tunnel, comme chez Hitchcock. Dans un avion, entre deux duels aériens, dans le ciel afghan... La guerre, l'amour... Les plages du débarquement, Suicide collectif amphibie. Verdun et ses palaces bleu-horizon. Faites donner l'artillerie du désir! Le fils délire la mort du père. Le fils boit les paroles du médecin qui serre d'un cran sa cravate, au fur et à mesure qu'il lui adresse des questions plus précises.

- C'est pour quand?
- Quoi?
- La mort!
- Pfff..., fait le toubib, navré. C'est une question de bien portant, çà!...

  • "La mort mode d'emploi": cet ouvrage circule sous le manteau. Pour se le procurer, il faut connaître quelques adresses. Je les divulguerai plus tard. (NDLR)

dimanche, 30 janvier 2011

N'oublie pas le tire-bouchon!

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Il fait froid. Personne ne me contredira sur ce point.

L'air est vif, le vent cingle le visage. La lumière découpe précisément les formes. La ville se révèle droite, fière, blanche et grise, jaune orangé aux premières heures du jour. Je sors faire une promenade dominicale.
Autour de moi, des immeubles de quatre cinq étages. Pour en voir des plus haut, il faut aller vers le sud. Là où les anciens quartiers ouvriers sont devenus africains et turcs.
Enfant, j'y surprenais le parler gallo des épiciers et des coiffeurs. Mon père, élève de la 3ème république, moquait ce parler plouc comme, sans doute, on l'avait moqué lorsqu'il employait des tournures de phrase empruntées au breton.

Je remets les pieds sur ces routes cent mille fois empruntées. A tous les âges... Dans tous les états. Contrarié, heureux, ivre, fumé comme un hareng-saur... Me prenant pour Dieu... Du moins, pour l'un de ses co-locataires...
jamais fais dans la modestie... Toujours dans l'exagération. My-my-mytho-mythomane, me disait un ami, bègue, à sa façon...

L'âne d'orgueil. Vissé sur ma chaise à écrire ma biographie, sous les yeux d'une mère émue et effrayée en même temps. Va t-il devenir ce que je n'aimerai pas qu'il devienne? Le béton des immeubles se moque des tourments de celles et ceux qui vivent derrière ces murs.

Breton de San-Rivoal. Américain à mes heures. Écoutant Les Ramones à vingt ans, les frères Morvan, à trente. Une grande bibliothèque, Des manuscrits plein les tiroirs. Écrivant la 501ème version du scénario de la fiction du siècle.

Peu sportif. A la vue d'un gradin, mon coeur se serrait.
- T'as honte de ton corps?
- Peut-être... j'aime pas quand ça sent la sueur...
- Ah ouais? tu préfères quand ça sent le stupre! (rires gras)

Mon père me disait de me dépenser, de montrer à mes contemporains que je les valais bien, au physique comme à l'intellect. Plus facile à dire qu'à traduire en actes. Marquer un but contre mon équipe, çà, je savais faire mais comprendre les règles, c'était plus laborieux. Pendant les matchs, je continuais à courir, quelle que soit le moment du jeu. Le prof me trouvait agaçant. Les autres mômes me traitait de pédé, quand je quittais le terrain.

Allez, c'est l'hiver. Détends toi. Le ministre a pris en compte tes revendications. Une semaine à la Barbade, Et un disque de Pia Colombo. On va t'aider à retrouver le sourire!

Et ton père?
Celui-là, il me tient par la tête plus que par la main. Hier, je suis allé le voir, à la clinique. Il faisait froid. J'ai dû pédaler vivement pour m'y rendre. Je n'étais pas seul. J'avais mis une bouteille de Corbières dans ma musette. J'ai traversé le hall. J'ai pris l'ascenseur avec l'objet du délit sous le bras. Je suis entré dans la chambre. Il était étendu, la radio posée sur le ventre, attentif au récit du monde. Sa chambre est individuelle. L'autre jour, il n'a pas manqué d'évoquer l'époque des salles communes.

- On était à seize dans la chambrée... Des types ne se réveillaient pas le matin. Les infirmières, c'était toutes des bonnes soeurs. Il y en avait une... D'une beauté! Jamais vu une aussi belle femme. Je pense que si elle s'était retrouvée dans les ordres, c'était par...
- Par?
- Par... dépit amoureux...

- Tu étais marié à l'époque?
Courroucé par ce que je tentais d'induire, il me répond:
- mais non, en 53, j'étais célibataire!

Pas facile. Faire du sport et parler avec papa. Papa doc. Papa breton. Papa breiz. Papa mobile... Papa du parti de papa. Du parti des pères du peuple. Du peuple des papas...
On pourrait décliner la figure du père à l'infini. Ce matin, je n'en ai pas envie, De toutes manières, si j'essayais, ce couillon me barrerait la route!

Je me suis annoncé. D'emblée, je l'ai prévenu que je n'étais pas seul. Que j'avais du jaja avec moi. Il s'est montré lucide:

- T'as pas oublié le tire-bouchon au moins?!

vendredi, 28 janvier 2011

La mort? Une vieille habitude...

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La nuit est enceinte d'un jour dont on ignore le sexe

proverbe léonard

Nous ne lisons pas assez d'ouvrages de théologie, abrégeons nos temps d'étude, passons notre chemin lorsque Dieu nous interpelle d'une petite tape amicale...
Celles et ceux qui parlent d'autorité nous demandent d'être patients, de convoquer le meilleur de nous-mêmes sur le devant de la scène et de continuer à écouter leurs sentences sans broncher.

- Nous allons vous diriger vers l'espace du repos éternel.

- Ah bon? Je croyais que votre politique était de prolonger la vie?

- Oui, mais nous ne sommes pas des thaumaturges. A présent que vos dernières molécules ont épuisé leur temps de parole, nous devons reconnaître nos limites.

Celui à qui je pense va sans doute mourir dans l'année... A moins que le dernier carré de ses molécules léonardes, les plus entêtées, ne se décident une fois encore à contredire les estimations savantes des biologistes.

Il va mourir et le siècle dont il est issu, mourra avec lui. Le siècle des paysans devenus employés de société nationale. Le siècle de ceux qui sont passés de derrière la charrue à devant la machine à écrire. Notons que du point de vue des intéressés, rares sont ceux qui regrettent la partie rurale de leur existence. C'est au moins vrai dans le cas de mon père, qui n'a pourtant cessé de revenir sur les lieux de son enfance en nous prenant à témoin:

- oui, je n'avais pas plus de six, sept ans... On se levait avant le jour pour faire la moisson... On travaillait jusqu'à la nuit. Pas un jour de repos. j'avais hâte de retourner à l'école...

Le siècle des machines et des congés payés. Des églises qui se vident et des plages qui se couvrent de baigneurs... Des colères contre les maîtres, assorties d'une certaine vénération de la puissance, du moins, lorsqu'elle ne fait mal qu'aux autres.

- Merci de m'encourager à faire le grand saut. Dis-moi plutôt si tu porteras la croix, quand je franchirais la porte du cimetière?

- Je croyais que tu n'étais pas croyant. Que le monde, pour toi, avait la clarté d'un logarithme!

- Tu crois tout ce qu'on te dit? N'empêche que dans la phase où je me trouve, le recours à la raison est desséchant. Et je n'ose te dire à quel point j'ai soif!

Lénine et Pie XII, Marx et Georges Séguy. La vierge et Rosa Luxemburg. Pas simple de vivre à rebours de ce qu'on a adoré. L'enfance au milieu des vaches et des champs de blé, à guetter la lune pour connaître la meilleure heure pour semer. La terre qui dicte sa loi et sollicite le corps jusqu'à l'épuisement.
Et puis, la violence du temps. Le père qui a réchappé de la grande guerre de 14 et en tirera matière à histoires jusqu'à son dernier souffle. L'école émancipatrice où ses résultats sont bons et où il apprend que le monde continue après la route de Stang ar nevez!
La guerre qui arrive, quand le progrès social commençait à émerger. A nouveau le travail manuel. Casser des cailloux dans les carrières... Travailler comme journalier dans les fermes. La honte d'être tutoyé par des plus bêtes que lui... La vache d'orgueil. Tu parles breton et tu ne craches jamais?
La France comme obscur objet du désir... Paris et ses peaux parfumées... Le désir sous les touffes de bruyère... Le souffle de Gaby Morlay et le rire d'Arletty.

La vie, cet exorcisme perpétuel. La recherche d'un meilleur vivre en ne donnant qu'à ceux dont on estime qu'ils vous le rendront un jour. La philosophie du paysan dans un monde d'urbains..

Attendre les derniers moments pour s'entendre confirmer ce que l'on savait depuis longtemps sur lui.
- Vous souffrez d'une hypertrophie du moi, monsieur.
- Ah bon? Ça se soigne comment, çà?
- Avec des relations sociales, des femmes de goût, des livres d'images, des poèmes galants...

Il s'est levé de son lit, a décroché sa perfusion et s'est mis à entonner, d'une voix de paysan dont on vient de tuer le cheval:
- prenez garde à la vieille garde!!!

Le médecin chef appelle ses assistantes pour qu'elles viennent constater les effets du traitement. Elles se pâment autour de son lit et le vieil homme semble enfin heureux.

dimanche, 23 janvier 2011

Faire de l'humour avec la révolution?

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La révolution en Afrique du Nord. Oui, c'est, selon moi, un évènement majeur, annonciateur vraisemblablement d'autres séismes.



Je viens d'avoir Moammar Abu Minyar al-Qadhafi en ligne. En dépit de nos divergences en matière de géopolitique, il se révèle toujours aussi rieur avec la grande Histoire. Le dessin qu'il m'a envoyé a, sans doute, plus de légèreté qu'un missile Exocet...

Paix au jasmin

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J'ai retrouvé un ami, hier soir, qui était, dans les années 60, à San Francisco, dans le quartier de Haight Ashbury. Haut-lieu de la contre-culture des années 60, aux Etats-Unis. Laboratoire d'idées, de sons, d'images qui orientent, aujourd'hui encore, des pans entiers de notre imaginaire. Il s'occupait, entre autres, de corriger les articles qui paraissaient dans une revue intitulée "Haight Ashbury tribune". Certains jours, il prenait du LSD avant de se mettre au travail et ses corrections prenaient, de ce fait, plusieurs jours, occupé qu'il était, à tutoyer les esprits.

J'ai fais son portrait robot.

dimanche, 16 janvier 2011

Place de la révolution?

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Un soir, rentrant du travail, je me suis arrêté pour prendre un type qui faisait du stop à l'angle du Boulevard Émile Combe.

Il devait avoir trente ans, une démarche hésitante, comme s'il n'avait pas marché depuis longtemps. Le regard un peu perdu. Comme il faisait nuit et, qu'à cette heure, la circulation est dense, je concentrais mon attention sur les abords du véhicule, et laissais l'homme prendre place à mes côtés. Je lui demandai:
- Vous allez où?
- place de la révolution.
Je feignais de n'avoir pas entendu. Il répétait, d'une voix douce:
- place de la révolution.
Fatigué de ma journée, je dissimulais avec peine mon agacement:
- mais cette place n'existe pas!
L'homme se tournait alors vers moi et inclinait sa tête contre mon épaule, fendant son visage d'un sourire réconfortant. Puis il se mit à parler...

" Vous savez, monsieur,

que la révolution soit aujourd'hui nécessaire, est une évidence, d'autant plus que son projet n'a jamais été aussi décrié. Cependant, il ne s'agit pas de faire LA révolution mais UNE révolution, donc, de la projeter à partir d'une situation particulière dans laquelle, si les circonstances la réclament, les conditions générales l'excluent. Il faut d'abord envisager cette contradiction. Nul doute que l'arrogance du pouvoir est à son comble, tout comme les faveurs apportées aux privilégiés. Il est même étonnant de voir à quel point l'absence de partage des richesses réduit sans cesse la marge d'illusion qui pouvait rendre supportable cette appropriation exclusive.

J'étais étonné du discours que me tenait cet homme au visage émacié mais doux. Étais-ce mon cousin? Perdu en mer, il y a de cela des années, et converti au marxisme par les dauphins? Je le laissais poursuivre...

Le mépris de la misère crée un désespoir sans doute propice à la révolution, mais c'est un piège pour la raison que le désespoir est explosif et non pas révolutionnaire: il prépare une jacquerie facile à réprimer et qui, finalement, servira l'oppression. On dira qu'il suffit que le désespoir prenne le temps de s'organiser, mais les conditions générales travaillent justement à l'en empêcher. Le jeu des causes et des conséquences est depuis longtemps faussé par l'influence des médias. La majorité s'est habituée peu à peu à supporter la destruction des biens collectifs : l'éducation, la santé, les services publics, l'information. Il n'y a plus de peuple, il n'y a qu'un public qui, privé du liant citoyen, a fini par croire que la rentabilité primait sur le service même si la chose est contraire à ses intérêts.

La circulation assez dense, la fatigue d'une journée dévolue au grand patronat et à ses intérêts à court terme brouillait un peu mon attention. Je risquais une embardée du côté de l'humour facile:
- il n'y a donc plus qu'une solution: la chevrotine?!

Mais l'homme n'entendait pas se laisser distraire et poursuivait:

Un peuple est conscient d'une appartenance et d'un partage qui créent une solidarité ; un public n'a en commun que des images éphémères qui l'incitent à des identifications factices ou à la consommation. Conséquence, le périssable, devenu principale attraction, est l'unique bien public, qui pousse à vivre dans un présent sans mémoire et sans réflexion. Le défilé des images occupe la tête sans y produire autre chose que le mouvement répétitif d'une fausse variété perpétuellement actuelle. Ainsi, pas de perspective, rien qu'un appétit renouvelé sans cesse par la publicité.

Nous finîmes par arriver place de la révolution. Un type au visage aimable s'approchait de notre véhicule et annonçait:
- Je suis désolé de vous avoir tant fait attendre. Cette place n'a pris ce nom que depuis quelques heures. Nous allons bientôt l'annoncer sur notre réseau national.

L'homme, en sortant, me remercia d'avoir fait un détour. il me dit qu'à ses yeux, la gentillesse est une valeur révolutionnaire. Puis il disparut dans la nuit de la place de la révolution, où des chiens tenus en laisse par des jeunes en veste matelassée aboyaient méchamment contre tout étranger à l'endroit. Je redémarrais avec une drôle de sensation dans la gorge.

post-scriptum
Ce type que j'ai pris en stop tient des propos intégralement rapportés de l'écrivain Bernard Noël, tenus lors d'une rencontre à la Maison de la poésie, à Paris, le samedi 8 janvier 2011 et publié dans l'Humanité du 11 janvier 2011.

Le passager

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Je suis le passager.

La personne à côté de laquelle je suis, ne sait plus ce qu'elle fait. Conduire ainsi vous expose à des poursuites, non? Je n'aurai jamais du monter à bord. Sait-elle ce que conduire veut dire? Respecter un minimum de conventions. A droite! C'est une coutume chez nous. En a t-elle quelque chose à faire, que je sois assis à côté? A ronger le frein, pour qu'elle ne puisse plus s'en servir. Qu'elle accélère, au delà du mesurable. Que je ne distingue plus qu'une ligne, avec des formes, de temps en temps, qui s'agglomèrent et s'effilent.
Archiduc de l'asphalte. J'ai entendu beaucoup de bêtises depuis quarante huit heures. Ça va vite, les bêtises. Un vrai carrousel. Je les garde plus longtemps en mémoire que les belles choses. C'est une fichue manie. Combien de graduations sur le compteur? Mécanicien? Sûrement pas. Je suis incapable de reconnaître les pièces élémentaires d'un moteur. Coeur, reins, poumons? Respirez! Dès la sortie du champ d'erreur, prenez la départementale n°4. Freinez à trois cent mètres car vous allez devoir passer entre deux files de brebis, qu'un berger débonnaire conduit au cabaret.

Bergère sociale, cotise à la caisse de mes sensations. Je serai doux comme un parlementaire centriste, si tu me laisses monter à bord de ta bétaillère qui sent l'huile Motul et le chanvre. L'économie-monde va plus vite que nous... La rouille est vendue plus chère quand elle provient d'une usure accélérée.

Nous traversons Bazouges-la-Pérouse, à fond de dard. Regrimpons à 120 dans la côte, dépassant le semi du gars de chez Logilait, qui nous fait de gros yeux, quand on arrive à la hauteur de sa portière. Le maire a averti la préfecture que nous venions de passer. Qu'il faut vite trouver un moyen de stopper notre allégresse!

- Ils sont coiffés comment? demande la secrétaire.
- Le conducteur a une casquette de tractoriste, et le passager, une casquette de... Militant sécessionniste. Sans doute volée dans une braderie.
- C'est bon, ils sont pour nous. La brigade de Fougères a des véhicules dernier cri. On les a surnomme les taser du bitume!. Plus besoin d'immobiliser le chauffard avec un hérisson. On le tétanise sur sa banquette en moins de deux!

Ouais. Pas si simple d'immobiliser des types dont la tête déborde de pensées-suicides, d'anéantissement de soi-même, d'adhésion massive au pacte de la folie, de la colère sans motif!
T'avais pas prévu çà, brigadier cantonal?! Des insurgés qui copient-collent le code pénal! Des qui fautent sans savoir que leur joie est illégale!
Des loubards sémiologiques! Des universitaires pistards, qui se racontent des blagues, en sillonnant la bibliothèque sur un side-car!.
- Comme le Che, dans sa jeunesse?
- Exactement.

Trop de petites déconfitures. Des déceptions de jeunesse...Des ombres, sur le front lisse de la retraite.
- T'es pas si vieux, arrêtes!
- Pour l'état-civil, je vous laisse estimer, commissaire.
- On a fait des tests sur tes os. C'est clair. Tu as la cinquantaine bien tapée.
- On dirait pas, à m'entendre, hein? Mes propos restent jeunes, trouvez pas?
- N'essaie pas de m'avoir à la sensiblerie!
- Vous avez raison. Un vieillard dirait les mêmes choses. Vous avez lu le début de ma déposition?:
Je suis né à Guipavas. Mon père ne buvait pas.

- Oui... Tu sais... Je crois qu'on va te transférer à Tunis. Ils ont une section spéciale pour les traumatismes de la route...

lundi, 10 janvier 2011

Prudence quant à la prononciation

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Nous avons fini, ma femme et moi, par l'identifier, cette tombe.

Des années que le mystère emplissait ma faible conscience de mortel. Sur les indications de mon père, nous avons fini par la retrouver, dans le cimetière qui borde l'église de Saint-Cadou.

Nous l'avions cherché à plusieurs reprises.
- C'est à gauche de l'entrée, immédiatement quand on sort de l'église.

C'était bien exact, mais nous nous trompions d'orientation par rapport à l'entrée du cimetière. Une pierre bleue. L'inscription est encore lisible. Le nom. Les dates. C'est là qu'est enterrée sa grand-mère, décédée en 1915, dont mon père n'a jamais su de quoi elle était morte. Presque un siècle.

A sa disparition, tout le monde s'est tu, dans la famille. Dans le village. Dans l'ensemble de la commune. Il s'agissait pourtant d'une famille nombreuse. Selon mon père, ses sept enfants et son mari se sont tus, tout au long de leur existence. Ils n'allaient jamais sur sa tombe. Son mari est enterré dans la commune voisine, à cinq kilomètres de là. Il ne parlait jamais de sa femme. Son fils aîné, mon grand-père, de temps à autre, mais sans que l'évocation aille jamais bien loin. Les femmes, dans ces communautés paysannes semblaient n'exister que pour travailler et procréer.

Elle s'appelait Jeanne. De quoi est-elle morte? Mon père pense qu'il s'agit vraisemblablement d'un avortement qui s'est mal passé. Bien longtemps avant la loi Veil, il se pratiquait dans les campagnes, avec le silence complice des familles, lorsque ça tournait mal, pour l'enfant, bien-sûr, et pour la mère...
Je reste debout devant cette tombe en regardant le pot de fleurs, mises à mal par le froid et les pluies glaciales des dernières semaines. Qui vient encore fleurir la tombe de Jeanne?

Ma femme me demande de penser au futur, de ne pas m'immerger dans la remémoration d'un passé dont, du reste, je ne connais que des bribes. Je ne peux m'en empêcher. Enfant, je passais l'ensemble des vacances à écouter mon grand-père dire l'histoire épique de cette terre, où la vie avait la fragilité d'un bâton de réglisse...

Comme un peintre qui a perdu son modèle, je cherche à donner un visage à cette femme. Dans la maison de mon père, ses ancêtres veillent au mur. Sauf son père et sa mère. Et ses enfants... Étonnant, non? Je pars à la recherche de son visage. je vais le trouver. A l'entrée de l'église, dans les bras du recteur, amoureuse... Elle m'offrira une cigarette à la sortie de la prochaine messe, en me tendant un tract, réclamant le maintien des 35 heures pour les femmes de cultivateurs. Tu es trop dans le songe. Et mon futur, t'en fais quoi de mon futur?

Ses deux fils étaient à la guerre, lorsqu'elle est morte. Son fils aîné, en captivité en Allemagne. Le siècle vingt, d'une brutalité qu'on a si souvent dite mais au sujet duquel, du travail reste à faire... J'ai envie de me rendre en mairie, demander une prolongation de la succession. Que la tombe continue d'être entretenue. C'est peut-être idiot. J'imagine qu'à l'entrée du paradis, il y a maintenant un digi-code. Le seigneur a fait installer des caméras de vidéo surveillance, pour identifier celles et ceux qui y sont entrés par effraction.

Ce ne doit pas être le cas de Jeanne...

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